Dans ce pays, on aura vraiment pris des trains à toute heure du jour et de la nuit, et en découle un rythme de sommeil un peu particulier. Là, nous voici à prendre un train pour Bikaner en plein milieu de la nuit. Comme on a du temps devant nous du coup, on tente d’acheter nos futurs billets de train car nous comptons nous arrêter uniquement une journée et repartir dès le lendemain pour Delhi. Les gares font partie des pires endroits à traverser en Inde. Peut-être parce que les gens n’ont rien d’autre à faire qu’observer les passants, les regards à notre encontre sont encore plus exaspérants. Imaginez…vous marchez et chaque personne que vous croisez vous dévisage, vous inspecte de la tête aux pieds. Et s’il y a en plus des groupes d’hommes et que vous êtes une femme, ce sont des sourires et des mots chuchotés, voire des gens qui vous suivent, ou s’arrêtent devant vous et vous observent sans rien dire. Inutile de dire qu’attendre Romain achetant les billets, coincée entre la file indienne (pas de mauvais jeu de mots!) et le gars qui s’est arrêté pour m’observer à travers la fenêtre, ça a été un calvaire. Pour apaiser mon malaise et voyant que c’était peine perdue, nous nous sommes dirigés vers le train déjà en gare.
Nous avons peu dormi, forcément, et sommes arrivés au petit matin. Le chauffeur de rickshaw qui nous a emmenés à la guesthouse avait l’air de connaître le propriétaire et heureusement pour nous, car il a dû téléphoner, personne ne répondant à la porte. Un monsieur peu souriant nous accueille et nous ouvre notre chambre. Peu importe, on souhaite juste finir notre nuit inachevée! On tente quand même de lui parler de nos billets de train pour ne pas se retrouver bloqués le lendemain.
Au réveil, on part faire des visites. Avant ça, Romain me dit qu’il a vu une chèvre se balader dans le jardin, et quelques minutes plus tard, son cadavre gît, décapité dans le jardin… Le proprio est en fait sympathique, quand on creuse un peu (et qu’on n’a pas quatre pattes!) et nous donne des conseils et les renseignements sur notre demande du matin. Parfait, s’il s’en occupe, on peut partir tranquille.
Notre première escapade se trouve à une trentaine de kilomètres de là, dans la petite ville de Deshnok. On nous a conseillé de prendre le bus pour nous y rendre, mais aucun ne passe et on ne se voit pas attendre sur le trottoir en plein cagnard pendant des heures (ça dépasse les 40° ici). On cède donc au caprice de se faire amener en rickshaw, c’est plus onéreux, peut-être moins rapide, mais tant pis. Le voyage n’est pas des plus agréables, avec l’air chaud , les camions qui passent à vive allure auprès de notre petit véhicule et les fous du volant qui sont nombreux en Inde…
Puis, on arrive enfin, au Karni Mata temple, le temple des rats.
Après celui des serpents en Birmanie et celui des singes à Jaipur, il fallait qu’on fasse celui-là! Aux abords du temple, de nombreux vendeurs se succèdent, mais sans nous harceler. On sent que l’endroit est très fréquenté, mais par des locaux et non des touristes. Les gens nous saluent et nous sourient, et bien sûr, nous n’échappons pas aux photos. Nous rentrons ensuite à l’intérieur du temple qui grouille effectivement de petits rats. Ceux-ci sont vénérés car ils sont censés être la réincarnation de personnes ramenées à la vie par Karni Mata. Du coup, les gens leur font des offrandes de nourriture et espèrent tous apercevoir le rarissime rat blanc qui porte chance. Même si certains n’ont pas l’air en forme (bon, la chaleur ne doit pas aider), d’autres se goinfrent de noix de coco ou de lait.
Il faut juste faire attention à ne pas en écraser un en marchant. On en connaît certains (ou plutôt certaines) qui n’auraient pas pu faire un pas à l’intérieur, mais nous, on a trouvé ça vraiment atypique, et puis on aime bien les rongeurs!
On s’achète à boire et des pakoras en partant. Le gars nous les prépare pour qu’on les mange dans l’arrière-boutique. On se retrouve dans la cuisine de « Ratatouille » mais sans les étoiles du resto gastronomique. Les pakoras, accompagnés de sauce tomate, sont excellents et on les dévore en compagnie de nos amis qui grignotent eux aussi. Les proprios semblent contents que ça nous ait plu.
Retour vers notre chauffeur qu’on embauche pour un nouveau trajet. On lui demande de nous emmener à la ferme des chameaux, appelée aussi centre de recherche. On engage un guide (il ne faut jamais dire jamais!) qui est plutôt sympa et nous apprend des tas de trucs sur les dromadaires, par exemple qu’ils peuvent boire 100 litres d’eau quotidiennement, ou que la bosse ne contient pas d’eau contrairement à la croyance commune. Le centre contient un musée qui fournit des photos et des objets. On apprend qu’il y a de nombreuses fêtes liées aux dromadaires où ils sont parés de tissus et bijoux, qu’on peut jouer au « camel polo » , ou qu’il existe 4 races de dromadaires allant du blanc au noir, en passant par le marron bien sûr.
Le guide nous emmène ensuite voir les femelles enceintes, les mâles ainsi que les bébés restant avec leurs mères pendant un an. Tout ce beau monde se repose à cause de la chaleur torride (les accouplements se font en hiver). Dernière étape à l’enclos des jeunes dromadaires qui se font dresser. Le guide s’amuse avec eux et leur parle (oui, oui, il blatère pour communiquer, un mystère…)
Puis, après un passage obligé à la boutique, nous nous achetons une glace au lait de dromadaire. Bah, c’était franchement bon, et ça tombait à point avec cette chaleur (ça faisait même des envieux…)
Nous rentrons ensuite à la guesthouse pour nous laver (on a les pieds, ou les chaussettes pour certains, couverts de saletés de rats). Nous espérons manger au restaurant de la maison ce soir car ce midi, on n’avait vu personne. Quand on demande au patron si c’est possible, il nous annonce que oui, mais pas au restaurant car son fils est sorti et ne peut pas faire le service. Du coup, il nous fait rentrer dans sa salle à manger. Puis, il nous demande si on veut manger maintenant car sa femme est sortie (ici, les hommes n’ont pas l’air de trop cuisiner). Donc soit on attend sa femme, soit on le met dans la galère visiblement. On lui explique que si c’est plus simple, on va aller manger dehors. Cela à l’air de l’arranger, on se retrouve donc à marcher vers le fort. Ah, parce que oui, il y avait encore un fort avec un palais à visiter, mais comme on avait peu de temps, on a choisi de se faire une journée 30 millions d’amis. On suit d’abord la pancarte d’un resto pas loin. Pas de chance, il est fermé pour rénovation, décidément… A force d’avancer, on finit par trouver quelques troquets qui n’ont pas fière allure mais on n’a pas trop le choix. On en choisit un où les gars ont l’air accueillant, mais la carte est tout en hindi. On nous conseille un thali, très bien. On nous sert des chapatis, avec légumes et dhal au yaourt, et le serveur revient régulièrement nous en re-proposer. Autant vous dire qu’on fait tâche dans le paysage et qu’on attire les regards, une fois de plus, mais on a bien mangé.

Au retour, on récupère nos tickets de train, nous sommes donc sûrs de pouvoir partir demain. Nous passons une nuit mouvementée car il fait extrêmement chaud dans la chambre et de petits insectes, pas méchants mais énervants, nous montent dessus sans cesse. Restons zen.