Courte nuit pour nous car on a opté pour une balade en bateau dès le lever du soleil, qu’on partagera avec 2 américaines du même hôtel. Pour beaucoup d’indiens, la journée commence à 4h du matin avec tous les rituels religieux qui s’ensuivent. Aujourd’hui, on va vivre la même chose qu’eux et on ne le regrettera pas. Tout est bien plus calme à cette heure-ci et la chaleur harassante ne se fait pas encore sentir. Il y a quand même des gamines pour nous vendre des bougies à mettre sur l’eau ou des vendeurs en barque qui retiennent notre bateau en otage pendant quelques minutes, mais globalement, on a vécu une expérience paisible…quel bonheur!

On n’a pas vraiment vu le lever de soleil à proprement parler, mais on a eu droit à plein d’explications intéressantes de notre guide. Au moment où l’on passe devant le ghat de crémation de la veille, une de nos amies américaines se lève carrément dans le bateau pour prendre une photo… Le guide la rappelle à l’ordre, c’est interdit. Et au-delà du sacrilège, c’est une question de respect et de bon sens. Une photo vite fait, au loin, comme nous, ok, mais n’exagérons pas!
De nombreux temples et palais se succèdent dans le paysage mais c’est surtout les gens qui donnent de la vie aux ghats.
Les pèlerins viennent des 4 coins du pays pour se laver de leurs péchés (dans une eau dégueulasse, allez comprendre!) dans le fleuve sacré, tandis que les habitants y lavent leur linge ou pêchent (des poissons se nourrissant de cadavres? Miam miam).
On peut voir des cours de yoga, des Sâdhus (hommes saints) en pleine méditation ou danses mystiques, aussi bien que des graffeurs occidentaux qui échangent avec des indiens, ou tout un bestiaire allant du singe aux vaches, en passant par les chèvres. On voit battre le coeur de la ville.
Nous rentrons pour prendre un petit déjeuner et faire une petite sieste. A notre réveil, nous décidons de partir à nouveau affronter la rue. On se perd dans un dédale de petites ruelles qui sont bien plus charmantes que la rue principale, bien que truffées de boutiques. Alors si l’on fait abstraction des vendeurs qui haranguent le touriste, c’est plutôt mignon.
On fait un stop pour goûter le meilleur lassi d’Inde, selon le Lonely Planet, dans une échoppe toute bleue avec des petits bancs en bois nous permettant de sympathiser avec nos voisins.
L’emplacement étant proche du ghat crématoire, on peut voir des civières transportant les morts à travers les rues. Certes, ils sont couverts mais c’est une vision particulière quand on sirote tranquillement son lassi. Depuis notre arrivée en Inde, nous n’avons bu que des « sweet lassis », autrement dit natures avec du sucre ou quelques épices. Alors là, on s’est fait plaisir parce qu’il y avait un sacré choix de fruits. Grenade-coco et banane-chocolat-coco, servis dans des petits pots de terre cuite et entièrement fait maison devant nos yeux. Hmmm!

Notre virée dans les ruelles touchant à sa fin, nous nous arrêtons manger dans un resto au personnel très sympathique. Certes, les indiens peuvent être bien fatigants quand il s’agit de vous gratter des sous, mais on ne peut rien leur reprocher niveau accueil. Le serveur nous conseille des plats à notre demande. N’oublions pas que sur les menus, la plupart du temps, on lit juste le nom du plat sans descriptif en anglais. On a quelques notions vu notre passion pour les restos indiens en France, mais là, on est à un autre niveau, avec des pages entières de charabia culinaire. On choisit un thali qui nous permet de goûter à plein de trucs. On ne détaille pas chaque plat, il y en a trop! D’ailleurs, on aurait pu s’en partager un mais on a écouté le serveur qui a dû nous prendre pour des ogres.

Notre journée est loin d’être terminée. Le matin, on s’est fait invités par le proprio de l’hôtel pour apprendre à faire le légendaire thé indien, le chai. Le jour de notre arrivée, il nous avait offert notre dessert favori dans ce pays, le gulab jamun, fait par sa femme et un des meilleurs qu’on ait mangé…on pouvait difficilement décliner son offre! Il nous fait carrément monter chez lui et nous présente sa femme, qui est dans la cuisine en train de préparer des chapatis. Elle nous propose d’essayer, ce que l’on fait volontiers. Même en ayant l’habitude des rouleaux à pâtisserie (et pas pour les scènes de ménage!), ça n’est pas si facile d’obtenir la forme et l’épaisseur parfaite de ces pains. Romain s’avèrera être bien plus efficace que moi…quel talent!

Puis, on apprend à faire le chai, thé noir au lait et aux épices. On avait déjà essayé chez nous à partir d’une recette, mais il faut avouer que c’est toujours sympa d’apprendre une technique avec un mec qui maîtrise son sujet (bien qu’il triche un peu car il utilise un mélange d’épices tout fait). S’ensuit une dégustation au salon avec petits biscuits salés (pas facile après s’être enfilé un énorme dîner mais on ne veut pas le vexer). On passe un agréable moment à papoter avec lui puis les choses commencent à nous mettre mal à l’aise car il me fait cadeau d’un collier en or, puis sa femme m’offre des bindis, Romain obtiendra un bracelet s’il réussit à refaire la recette le lendemain (oui, nous sommes de nouveau invités!), il fait pas mal d’allusions ambigües à mon égard pour plaisanter, mais en bref, on a du mal à s’en défaire. Malgré tout, ça restera un souvenir mémorable pour nous et c’est encore une fois un exemple d’accueil chaleureux dont les indiens savent faire preuve.
Si Calcutta nous a paru atypique, Varanasi représente exactement l’Inde comme on l’imaginait, mélangeant le beau et l’abject. Nul autre endroit ne respire autant la spiritualité, la vie et la mort se côtoyant de si près. Amen!