Pour nous rendre au lac Inle, il va nous falloir voyager de nuit car même si les distances ne paraissent pas si importantes sur la carte, la réalité est tout autre. Le gérant de l’hôtel nous laisse rester gratuitement (on précise car il faut habituellement payer une demi-journée) dans notre chambre jusqu’au départ.
Après un déjeuner sur la terrasse et les sacs bouclés, nous sommes fin prêts à partir. En revanche, le bus ne l’est pas. Le proprio nous emmène dans sa voiture perso au croisement où l’on passe nous chercher. On attendra bien une heure. Puis, on s’installe dans nos sièges inclinés et le bus attaque la descente de la montagne. Nous voilà à nouveau à Mandalay, passage obligé pour gagner le sud. Lors de la pause, nos voisins de bus partagent leurs fraises avec nous (les meilleures qu’on ait mangées) et vont même nous en donner un petit panier. On ne tarit pas d’éloges sur la gentillesse du peuple birman, et à juste titre. Le trajet s’écoule entre occupations et pause repas vers 23h (tant pis pour ceux qui dormaient, tout le monde doit sortir!). On avale notre poulet/riz saupoudré de cacahuètes (la bouffe des trajets de bus, c’est en général un plat unique) puis on repart.

On ne dort pas vraiment, mais de toute façon, nous sommes censés arriver vers 2 ou 3h du matin donc on compte faire notre nuit une fois à Nyaung Shwe (la ville la plus proche du lac Inle). Finalement, nous arriverons à 6h du mat’, après environ 13 heures de voyage…on aurait dû dormir! Sur les conseils du chauffeur de tuk-tuk, on débarque dans une guesthouse pas chère et on s’affale dans notre lit.
Soyons honnêtes, nous ne nous sommes pas levés bien tôt le lendemain. Alors aujourd’hui, on va juste se balader dans la ville, qui n’a en définitive pas beaucoup d’attrait, même si on a la chance de loger hors du quartier touristique en pleine « campagne birmane ».
C’est dans cette ville que nous aurons une de nos meilleures expériences culinaires. Le repas traditionnel birman est composé d’un curry de viande ou de poisson, servi avec du riz et une multitude de condiments. On en a souvent mangé, mais celui-là a fait partie des meilleurs. Nous avons également goûté les nouilles Shan et une salade de tofu grillé. Un régal.
Le lendemain, nous prenons un taxi qui nous emmène au point de départ des bateaux pour les excursions sur le lac. On nous propose un tour de plusieurs heures avec un coucher de soleil en prime, tout ça pour une somme franchement dérisoire…banco!
Nous nous installons dans la pirogue où sont fixés deux sièges de bois, nous ne mettons pas nos gilets de sauvetage (vous ne pouvez pas me faire la morale vu que je suis là pour écrire ces lignes!) et nous partons. Nous n’avons pas encore fait connaissance avec le pilote du bateau qui est situé derrière nous. Nous passons un long moment à sortir d’un grand canal avant d’arriver au fameux lac. Celui-ci est immense, on se croirait parfois en pleine mer. Pas mal de mouettes viennent renforcer cette impression.
Il y a pas mal d’herbes qui flottent et des pêcheurs qui rament d’une drôle de façon, c’est-à-dire debout, la rame disposée derrière leur épaule et leur mollet, la jambe semblant fournir l’essentiel de l’effort.
Nous traversons le lac, ce qui prend un certain temps, puis nous arrivons dans une version rurale de Venise. Notre pilote s’arrête dans une épicerie flottante et, sans même descendre du bateau, achète du bétel, cette noix emballée dans une feuille qu’une grande partie des birmans chiquent. Cette substance donne une teinte rouge sang à leur salive et à leurs dents.
Le premier arrêt est une manufacture d’argent. Une fille vient nous accueillir, nous explique comment est extrait l’argent de la pierre et comment il est travaillé ensuite. Pas mal de jeunes sont employés ici et façonnent avec talent l’argent brut, tout en nous lançant des regards amusés. On termine par la boutique où Virginie n’en finit pas de faire des achats (ah, les femmes!). On rigole bien avec la vendeuse qui doit se mettre sur la pointe des pieds pour utiliser la machine à carte bleue, je me moque ostensiblement, cela l’amuse aussi, tant mieux!
Nous repartons quand un type nous explique la suite du programme: notre pilote de bateau ne semble pas parler un mot d’anglais, il collabore donc avec les gens qu’on croise en chemin pour communiquer. Je remarque au passage que sa dernière visite chez le dentiste doit remonté au XVII ème siècle où alors que les dentistes de Birmanie font un travail pour le moins discutable.
Deuxième arrêt, encore une boutique mais tenue par des femmes girafes, vous savez celles avec des colliers et des cous aussi longs que celui d’un diplodocus. N’empêche que de près, c’est vraiment impressionnant!

Elles sont super accueillantes, sûrement habituées à recevoir des touristes et se prêtent volontiers aux photos. Faut dire qu’elles sont clairement placées là pour nous.
A côté, une autre boutique fait dans les ombrelles. On peut y voir le processus de fabrication. Encore une fois, le personnel est plutôt agréable.
Une fois sortis, on nous propose de prendre un café et de manger des petits gâteaux, on ne se fait pas prier. Ensuite, nous repartons. Bon, là, on commence à être embêtés car notre capitaine nous amène à une énième boutique (encore une manufacture d’argent!). On parvient à communiquer avec lui via une vendeuse et à lui faire comprendre que ça va bien les emplettes. On convient donc d’aller voir encore une pagode et le monastère des « Jumping Cats », puis d’aller admirer le coucher de soleil avant de rentrer.
Le premier temple est des plus classiques, mais sa localisation sur l’eau lui confère un certain charme. On peut y voir des hommes acheter de la feuille d’or pour en couvrir des pierres (accès interdit aux femmes).
Le monastère, quant à lui, a la particularité d’abriter un certain nombre de chats. Apparemment, à l’époque, il y avait carrément un spectacle, un genre de numéro de cirque où l’on faisait sauter les chats dans des cerceaux. Aujourd’hui, ces derniers se reposent ici et là.
Sur le retour, après avoir croisé une pagode au milieu de nulle part, nous traversons à nouveau des jardins flottants dont nous avons omis de parler au début de l’article. C’est pourtant assez atypique ce genre de cultures. En effet, de nombreuses rangées de plantes potagères se succèdent, laissant juste un petit espace dans lequel les bateaux peuvent passer pour ramasser les récoltes.
Pour finir notre balade en beauté, nous assistons à un superbe coucher de soleil.
De retour sur la terre ferme, nous passons par un restaurant et rentrons, comblés par notre journée.
